Routes argentines

31 janvier 2009

Vers le sud, à la sortie même de Malargüe.

Vers le sud, à la sortie même de Malargüe.

Ceci est peut-être un article avant tout dédié à Béatrice Motzko. En effet, elle passa de longs mois, des années même si je me souviens bien, à parcourir les routes d’Amérique du Sud sur son vélo. Tout le monde peut comprendre et imaginer mais probablement elle seule pourra ressentir l’émotion de ce que je vais conter. J’ai à travers mes pérégrinations solitaires dans les immensités de l’Argentine développé une véritable fascination pour ses routes. Qu’est-ce qu’une voie de béton peut donc inspirer quand de si beaux décors se présentent à nos yeux? Et bien avant tout, ce sont ces routes qui nous mènent vers ces paysages et plus encore, pour l’aventurier seul avec ses pensées, elle représente une confrontation avec soi-même, un exploit psychologique bien avant d’être un exploit sportif.

Je ne peux qu’essayer de vous raconter cela à travers quelques singulières expériences, quelques photos prises à partie. Pour quitter Malargüe et partir se balader, il n’y a guère de choix. Une seule route, la fameuse Ruta 40, et deux directions, le sud ou le nord. Une carte touristique à l’échelle parfaitement aléatoire me décide à choisir le sud pour ma première balade. Cela fait plus de deux mois que je n’ai pas pédalé et le nord ne présente rien à moins de 50km, donc 100 aller-retour. Au contraire le sud promet de jolies cascades, animant une oasis au milieu du désert, située semble-t-il à moins de 30km de la ville. La cascade ne sera pas atteinte ce-jour là mais cette sortie fut une libération, ce que j’attendais depuis bien longtemps. Et pour la première fois ce contact avec les routes de l’Argentine.

Au loin, le chemin semble enfin se valloné.

Au loin, le chemin semble enfin se vallonner.

Les cascades n’auront pas été atteintes, l’ interjection de ma sagesse et de mes cuisses me suggérant de rebrousser chemin, et la soif aussi. Au retour, luttant contre la chaleur et la montre, je croise un jeune garçon pédalant sur une bicyclette sans vitesse, sans eau, et déjà à plus de 30km de Malargüe allant dans une direction vers laquelle le désert ne semblait montrer aucune habitation. Cette unique rencontre aura vite fait de me faire ravaler ma fierté.

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A part moi, quelques espèces vivantes, mais bien sauvages.

A part moi, quelques espèces vivantes, mais bien sauvages.

Que de choix après 30km de parcours!

Que de choix après 30km de parcours!

L’expérience la plus incroyable qui me fut probablement donnée de vivre les fesses sur un vélo est celle de ma deuxième vraie ballade. L’exercice sportif ayant repris ses droits sur mes activités, je décidai enfin d’attaquer le nord en espérant atteindre la station de ski de Las Lenas. Elle ne sera pas atteinte rassurez-vous, 190km et 1400m de dénivelé en une journée demandant un peu plus d’entraînement. Néanmoins la ballade fut magique. A une dizaine de kilomètres de Malargüe s’annonce une ligne droite d’une atrocité inagalée : 32km de pure ligne droite au milieu de rien!

Vers Las Legnas. Ca a l'air loin tout de même!

Vers Las Legnas. Ca a l'air loin tout de même!

Pédalant d’un bon train, je me dis que finalement Las Lenas sera peut-être atteingable. A ce moment, le dieu Eole, sûrement vexé de cette nouvelle preuve de prétention, se déchaîna sur moi. Le vent survint soudainement, sans aucune raison apparente, au milieu de ce désert. Pour résultat, ma moyenne tomba à quelques pauvres kilomètres en deux heures. Aussi, sans cesse exténué, les pauses ne se faisaient pas sans soucis, mon vélo glissant lentement avec le vent. Désespéré, je regarde à gauche et à droite, les photos pour témoignage. Tant qu’à faire, autant continuer! Je pense que vous comprendrez. J’aurais tenu quelques heures de plus, le vent de face en pleine montée me forçant à renoncer, à environ 50km de Malargüe. Déjà bien perché en altitude, le décor avait bien changé.

A gauche...

A gauche...

A droite.

A droite.

Après quelques coups de pédales en montée.

Après quelques coups de pédales en montée.

La décision du retour c’est faite sans savoir ce qui m’attendait et qui allait heureusement consituter le plus exceptionnel souvenir de cette excursion. De nouveau bien accroché à mes pédales, j’entame la descente. Le vent, decidé à m’enmerder, se retourne à nouveau contre moi et je me retrouve obligé de pédaler!!! Le plat atteint, un miracle se produit. Un premier coup de pédale me porte à une allure infernale et le deuxième coup n’en parlons même pas. Le vent s’était enfin placé derrière mon dos. La sensation éprouvée est indescriptible. J’ai parcouru environ 40 km en moins d’une heure, et que vous me croyiez ou non, en ne donnant qu’une vingtaine de coups de pédales. Expliquant la souffrance de l’aller, ce vent était d’une force telle qu’il me déplaçait sans aucun effort à plus de quelques 40km/h. Un retour sans contrainte, me montrant que si j’avais su, j’aurais pu continuer la route vers Las Lenas. A vrai dire non! Si j’avais su, alors je l’aurais vécu exactement de la même façon. Il y a quelque chose dans les efforts à vélo, je ne sais trop quoi, mais qui fait qu’on se sent toujours récompensé.

6 réponses vers “Routes argentines”

  1. bsaouter a dit

    Tu as raison, il faut y voir pour y croire. Quant à y pédaler en plein vent, tu es sûr qu’on ne risque pas de s’envoler? On a bien planté des arbres pour éviter que les camions ne se renversent.

  2. incroyables , ces randos en vélo,un cycliste rencontré et trois chevaux…. et pas de voitures!!!! de quoi rêver…dans trois ou quatre semaines tu vas trouver les paysages retrécis!
    tu as Pierre un talent d’écrivain, nous nous régalons à te lire. je t’embrasse;
    Colette
    Bravo, fiston! Ta méditation en bicyclette est un exploit. Un peu plus, tu devais freiner dans les descentes. Tu auras des souvenirs inoubliables!! Félicitations!
    Ton gtand-père admiratif et…brtavo poir le style!

  3. béa a dit

    Coucou pierre,
    tu me mets la larme à l’oeil là. C’est sympa de penser à moi !
    Bon, je vois que le néant t’attire, les routes droites, infinies, sans rien ni sur la droite, ni sur la gauche, si ce n’est des paysages grandioses mais parfois fort désolés. Très prenant et parfois flippant quand le vent s’en mêle ou que les éléments se déchaînent, ce qui n’est pas rare.

    Edwin est prèt à se taper des km de panaméricaine et ne demande qu’à partir, mais faut compter des mois, voire des années pour voyager dans les Amériques.

    A quand ton tour? Non pas que je veuille te donner de mauvaises idées mais une fois qu’on y prend goût, l’envie ne nous lache plus.

    Au fait, dans face book, Angela m’a montré des photos de Bariloche. Tu y a donc été. C’est magnifique ce coin, la petite Suisse d’Argentine!

    A bientôt le plaisir de lire la suite de tes aventures.
    Béa

  4. béa a dit

    Au fait, en parlant de vent, je me souviens avoir croisé un cycliste voyageant vers le nord. Il avait le vent en poupe et était équipé d’une………..
    voile. Il filait comme une étoile filante et n’a même pas eu le temps de s’arrêter en plein désert histoire de nous faire un brin de causette comme tout bon voyageur qui se respecte.
    Fugace apparition mais véhicule très efficace !

    Volà de quoi de donner d’autres idées mais vent de face, faut louvoyer…

    Béa

  5. bsaouter a dit

    Béa, Edwin, Angela, Tom, Mattias, Pierre, Erwan, Nina : à quand la traversée de l’Amérique latine à vélo?

  6. grapheus tis a dit

    Passionnante méditation dans les vents et les espaces continentaux.
    Quel dommage qu’il n’y ait point de houles !

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