La vie à Malargüe
28 décembre 2008
Bientôt deux mois sans articles. D’abord en raison de quelques problèmes de connexion, ensuite parce que l’envie n’y était plus. Et pourtant il y a bien des choses à raconter. Mais pour un profane, l’écriture est quelque chose qui semble devoir s’entretenir, faute de quoi on en arrive très rapidement à ne plus rien écrire du tout. Et surtout, il y a ce risque de ne pas réussir à vous faire partager les émotions vécues ce dernier mois, auquel cas une grande frustration s’en ferait ressentir. Espérons que la volonté suffise à étayer mes nouveaux récits.
Mon premier mois à Malargüe fut des plus étranges. Une nouvelle ville, de nouvelles habitudes, encore un nouvel accent de langue espagnole auquel mon esprit dut se familiariser, mais aussi, et peut-être surtout, une expérience de travail tout à fait singulière. La première semaine de mon arrivée coïncida avec la réunion semestrielle de la collaboration scientifique de l’observatoire Pierre Auger. Cette année, la réunion revêtait une double importance puisque se tenait au jour du 14 novembre l’inauguration officielle de l’observatoire. Voilà en effet près de dix ans que ce dernier est en construction et il aura fallu ce temps pour réaliser l’installation des quelques 1600 détecteurs de surface et 24 détecteurs à fluorescence. Bien que le système soit opérationnel et que des données soient prises depuis déjà plusieurs années, c’est seulement aujourd’hui que le projet initial, tel qu’il naquit dans l’esprit du prix Nöbel Jim Cronin, est jugé achevé. De grandes réjouissances donc pendant les trois premiers jours de cette rencontre, avec de nombreuses personnalités représentant les divers pays de la collaboration. L’occasion d’écouter le même discours ennuyant en plusieurs langues, oratoire destiné à remercier les généreux donateurs. Dure réalité peut-être, mais sans argent, les sciences expérimentales ne peuvent malheureusement pas faire grand chose, du moins de nos jours. Trois jours de festivités suivies des conférences données par les différents groupes de scientifiques.

- Probablement l’infrastructure la plus moderne de Malargüe.

Inauguration officielle dans le parc de l'observatoire.
Debout à l’aurore, j’ai suivi avec excitation un grand nombre de conférences, notamment celle sortant du cadre des analyses purement scientifiques mais touchant plutôt au fonctionnement de l’expérience elle-même. Par exemple les problèmes les plus fréquents rencontrés par les équipes s’occupant de la maintenance des détecteurs de surface pendant toute l’année. Il s’agit parfois de choses anodines mais qui demandent une grande réflexion pour être résolues, comme ce fut le cas de cette longue discussion sur les excréments d’oiseaux déposés sur les détecteurs par nos chers volatiles et interférant avec la bonne transmission des données. Et ce fut alors à un physicien fou, venu d’Italie je crois me souvenir, de s’écrier au milieu de la salle (peu remplie il est vrai): “I have a solution to your major shit problem”. On se régale aussi de ces petits moments d’humour physicien… Je fus toutefois assez déçu de constater que ces conférences pourtant si importantes n’attirent que très peu de spectateurs.
Occupé du matin au soir et ayant perdu quelque peu la notion du temps, je ne m’étais pas préoccupé de trouver un logement. La veille du départ de mes collègues, prise de conscience et recherche stressante d’un pied-à-terre. La chance de mon côté, j’opte pour un minuscule appartement proposé par un petit hôtel du nom d’ “El Nevado”. Le loyer est un peu élevé mais l’endroit ne manque pas de charme, qui plus est proche de mon lieu de travail et des rares attractions de la ville. Je n’avais pas le temps non plus de chercher autre chose puisque le soir même commençaient mes nuits de maintenance des détecteurs.

"Home sweet home" en haut de l'escalier.
Les 24 détecteurs à fluorescence de Pierre Auger sont un peu particuliers dans le sens où il ne fonctionnent que les nuits sans lune et sous des conditions météorologiques bien spécifiques: vitesse du vent inférieure à 50 km/h, temps sans pluie, et surveillance des conditions nuageuses en permanence. Aussi, leur fonctionnement lors des nuits respectant les critères nécessaires n’est pas automatisé. Autrement dit, un groupe de volontaires doit se charger de la prise des données pendant des périodes successives d’environ trois semaines. Le programme à venir était donc le suivant: début du travail à 19h et fin de l’opération à environ 6h30-7h du matin selon les nuits, et stricte interdiction de s’endormir! Un travail de nuit donc, à vrai dire peu passionnant, mais donnant néanmoins le sentiment justifié d’être en mesure de tout contrôler, et de très facilement tout saboter
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Compatriote Ronald
Heureusement je n’étais pas seul et ce fut l’occasion de rencontrer d’autres physiciens, toujours plus expérimentés que moi, et aux personnalités les plus variées et intéressantes. Enfin, pas toujours… Ci-contre Ronald, un collègue “shifter” avec lequel j’ai partagé les cinq dernières nuits de maintenance, les autres volontaires ayant quitté les lieux avant la date prévue. Une salle moyennement sexy comme vous le constaterez quoique parsemée des belles couleurs des écrans de contrôle. Autre inconvénient, la salle est maintenue à environ 18° pour assurer le bon fonctionnement des ordinateurs. Que de réjouissances, en polaire ou en parka, à regarder par ci par là les émois d’une particule tombée bien bas.
La vie ici est celle d’une petite ville aux habitudes très différentes de la capitale. Le souvenir de la coutume locale de chaque soir me fera toujours sourire. L’ “avenue” principale fait tout au plus 1km de long et chaque jour, à la tombée de la nuit, les voitures en font le tour sans se lasser, à la vitesse d’un piéton, la fenêtre ouverte pour saluer le passant. Un soir, j’ai décidé de compter depuis la terrasse d’un restaurant. Le superbe pick-up orange passa bien 13 fois! Bien souvent ce sont de jeunes hommes qui conduisent d’ancestrales voitures bricolées avec les moyens du bord. Le bruit qui en sort ne manque pas d’attirer l’attention des dizaines de jeunes filles assises sur les trottoirs et regardant les beaux étalons passer. Mais parfois ce sont aussi des familles entière qui baladent leur charrette autour du square, toujours au pas, et souvent jusqu’au heures les plus tardives, les enfants rêvant sur la banquette arrière. Je me garderai de porter tout jugement mais cette coutume ne manque pas d’en faire sourire plus d’un, les Argentins de la capitale ne faisant pas exception.
Voilà donc résumé presque un mois de vie essentiellement nocturne à Malargüe. Le reste n’est que voyages, paysages et apprentissages. Et je sais que chacun attend que j’en arrive au fait, celui des paysages argentins, dont certains d’entre vous auront peut-être vu les premières photos sur le réseau “facebook”. Ce sera aussi l’occasion de vous conter mes vacances avec ma mère, venue me rejoindre pour deux semaines qui furent vraiment palpitantes. Un prochain article, je l’espère très bientôt. En attendant, peut-être un petit encas…

Tombée de la nuit, un orage pour fond de toile. (A 10 km de Malargüe, sur la route menant à un élevage de truites.)

Ha! enfin un article du fiston. C’est Jo et Colette qui vont être content puisqu’eux n’ont pas accès à Facebook. J’ai vu ces fameuses photos, vraiment magnifique et puis j’ai la chance de vivre avec la mère de mon fils qui m’a déjà tout raconté de ses vacances… mais promis je ne dirai rien.
Salutos Camarade.
enfin ,un long commentaire de Pierre sur sa vie à Malargué !contents de te lire Pierre. ton home parait bien sympa ,ce petit patio est pour toi tout seul?c’est beau ,nous sommes contents pour toi.à part ces longues nuits de surveillance,que de beaux souvenirs tu vas rapporter, sur ton travail, et les rencontres que tu fais, je pense que bientot c’est Béné qui nous parlera de son voyage.
comme tu sais nous avons passé Noel ds les pyrénées,un beau cadeau :la visite d’Erwan et de Nina.pour les ancêtres se retrouver avec enfants et petits enfants, sont des moments de bonheur.
avec toi,c’est sur cet écran qu’on se retrouve !
bonne année ,Pierre,au prochain RV, Bises .Colette.- Je crois que je n’ai pas beaucoup de place pour te dire combien j’apprécie ce que tu fais. Tu es au coeur dela recherche qui interpelle tous les hommes et je suis fier des investissement de mon petit-fils.Je te souhaite pleine réussite dans ton voyage si lointain et je te dis bonne fin d’annnée 2008 et bonne et heureuse année pôur 2009. Je t’embrasse. To grand père. JO
hello,
je viens de lire cet article après le dernier. Logique non.
Heureusement, j’avis eu entre temps des nouvelles par Erwan